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"A tant m'en vois" - Figures du départ au Moyen Âge

Résumé de l'annonce: 
Appel à contributions "A tant m'en vois" - Figures du départ au Moyen Âge Partir, c’est toujours se séparer de quelqu’un ou de quelque chose. C’est créer un avant et un après par une action que l’on sait irréversible (car elle entérine la coupure) – même s’il est toujours possible de revenir (vers un arrière, mais par un pas en avant). Que l’on parte volontairement ou poussé par le sort / Fortune / la destinée / les astres contraires, le départ est toujours ce moment inchoatif qui suspend la durée en même temps qu’il la provoque, comme un défi à un enchaînement qui aurait dû être.

A tant est l’adverbe de temps qui accompagne, le plus souvent, cette coupure : coupure spatiale, coupure temporelle, coupure émotionnelle et signifiante. Guillaume de Machaut, Christine de Pizan, Alain Chartier, les Cent Nouvelles Nouvelles, George Chastelain, Olivier de la Marche, etc., en font un adverbe prisé en moyen français pour signifier tous les possibles ouverts par cette section dans la narration. L’adverbe exprime également les différentes nuances de la causalité (on pourrait le traduire par « et sur ce… ») – des nuances peut-être moins relevées dans les dictionnaires, mais qui disent une prise de conscience justifiant le départ, déterminant les modalités qui le caractérisent.

Que l’on ait honoré un devoir, accompli une tâche, satisfait aux attentes d’autrui, changé d’avis, enduré une déception, souffert d’une forme d’ingratitude, sans nécessairement fuir des situations, on peut se résoudre à « partir ». Ce départ, choisi et en même temps obligé, signifiant une « mutacion », voire une rupture, n’est pas déterminé par un projet à réaliser et, même s’il conduit toujours à regarder vers d’autres horizons et à aller de l’avant, il traduit d’abord une prise de position à l’égard de ce qui a été. Il est le produit du passé et appelle un à-venir. Le moment où l’on « met un terme » à quelque chose, restant d’abord inaperçu ou étant, à l’inverse, grandement remarqué, peut donner lieu à des interprétations, des conjectures, amenant à formuler des hypothèses quant aux raisons sur lesquelles repose le fait de s’en aller. Occasion dynamique d’un renversement, où la personnalité s’affirme, où la présence se définit et impose encore plus in absentia, elle laisse derrière soi la surprise, le regret, la joie ou l’hypocrisie des félicitations, le silence des larmes, le bruit des portes claquées.

A tant m’en vois : le je est au centre d’une dynamique grandement ‘textogénétique’ ; vécue à la première personne, elle peut être narrée dans ses causes et ses effets, par le « sujet partant » ou par ceux qui assistent aux salutations (lorsqu’il y en a). Cette dynamique, profondément  émotionnelle, parfois pulsionnelle, est génératrice de narration, de débat, et suscite le questionnement. Aucune limite aux changements qu’elle produit, aux confins qu’elle conduit à franchir, que ce soit de manière réfléchie ou de façon abrupte : le huis d’un couvent, les frontières d’un pays, les règles de la bienséance, le terme naturel de sa propre vie, recherché dans les cas les plus extrêmes de… « départ ». Partir signifie peut-être quitter, lâcher, encore plus que changer. Partir signifie séparer, mais aussi partager, se départir, départager…

Il ne s’agit pas ici d’étudier, en contexte, l’expression même qui donnera le titre au volume, mais de proposer des départs dont on constituera un riche et savoureux florilège ; il ne s’agit pas non plus d’envisager une réflexion sur le voyage, le pèlerinage, le passage, l’itinéraire, le cheminement (effet duratif) mais d’envisager avec « A tant m’en vois » le moment de bascule, de rupture, qui sous-tend chaque départ (effet sécant). Dynamique, dynamisante (« m’en voys »), productrice de mouvement et de narration, la formule actantielle qui nous a inspiré(e)s appelle le changement – tout au moins narratif : on part pour questionner autrement ce(ux) qui reste(nt).

  • Qu’il s’agisse d’interroger les effets de régie et de suture (comme chez Chrétien de Troyes et, à sa suite, chez les continuateurs), qui créent dans la narration des seuils auteur / lecteur et qui, par le changement formel, dynamisent le récit et se font performatifs.
  • Qu’il s’agisse de questionner sur ce que l’on quitte (ou refuse de quitter !) comme dans le Jeu de la Feuillée d’Adam de la Halle où le départ, toujours différé, crée une « fin de partie » qui se rejoue à chaque scène ? Partir comme se séparer, quitter, abandonner, mais aussi renouveler ou fonder, comme les Congés de Jean Bodel.
  • Qu’il s’agisse de thématiser les modalités de ce départ (chansons de toile, reverdies, mais aussi textes historiques, chroniques ou mémoires narrant un changement de camp, etc.) qui propose une césure entre un avant et un après : quel est cet « aller vers » ? Une croisade ? Un pèlerinage ? Un amant ? Un ami ? Dieu ? Un temps nouveau ? La mort ?
  • Qu’il s’agisse de dramatiser le départ : bruit de portes claquées, froideur des salutations, larmes versées, rires (narrés à la première personne, mais aussi par d’autres, en position d’observateurs). Dans le cas des départs préparés ou des départs abrupts, ce qui est en jeu face à la rupture, c’est le commentaire, la relecture, la réinterprétation pour réintégrer le sécant dans le duratif, l’incompréhension dans l’explicatif. La dynamique situationnelle, si elle constitue une relance du récit, va aussi de pair avec une pause.
  • Qu’il s’agisse de rendre compte, par les outils linguistiques, de la rupture : temps verbaux, adverbes, constructions de phrase, formules conduisant à la formation de patrons syntaxiques « moment + cause > rupture » qui rendent compte du changement, de la mutation (et, réflexivement, d’une écriture ou d’une langue en pleine mutation qui dit le changement).

Dans cette dynamique du partement, il s’agit de s’interroger, comme le dit la chanson, sur ce « comment te dire adieu ».

CALENDRIER

  • Soumission du résumé (250 mots) : fin février 2018
  • Décision du comité scientifique : fin avril 2018.
  • Soumission de la version finale de l’article : fin décembre 2018
  • Publication de « A tant m’en vois ». Figures du départ au Moyen Âge, études recueillies par N. Labère et L. Pierdominici, Fano, Aras Edizioni, 2019 (P.B.S.M.R., III) : premier semestre 2019.

Les propositions de sujets sont à envoyer avant fin février 2018 à Nelly Labère (Université Bordeaux III) et Luca Pierdominici (Università di Macerata), éditeurs scientifiques : labere@free.fr, luca.pierdominici@unimc.it et lpierdominici@yahoo.fr.

Chaque soumission est évaluée par au moins deux relecteurs appartenant au comité scientifique international de la collection.

Indexation : Fabula, Calenda, RMBLF, SUSLLF, DoRiF, etc.

 

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Piccola Biblioteca di Studi Medievali e Rinascimentali

Collana fondata e diretta da Luca Pierdominici

Aras Edizioni, Fano

Italia

Comitato d‘Onore : Gabriella Almanza Ciotti (Università di Macerata), Jean Dufournet † (Université Paris III), Michèle Perret (Université Paris X), Danielle Quéruel (Université de Reims).

Comitato scientifico : Donatella Bisconti (Université de Clermont-Ferrand), Massimo Bonafin (Università di Macerata), Jean Devaux (Université du Littoral-Côte d'Opale), Estelle Doudet (Université Grenoble-Alpes), Elisabeth Gaucher-Rémond (Université de Nantes), Nelly Labère (Université Bordeaux III), Bruno Méniel (Université de Nantes), Amalia Rodriguez Somolinos (Universitad Complutense de Madrid), Fleur Vigneron (Université Grenoble-Alpes).

ISSN de la collection: 2039-1412

Suggéré par: 
Luca Pierdominici
Courriel: 
luca.pierdominici@unimc.it
Date de début ou date limite de l'événement: 
28/02/2018
Ville de l'événement: 
Bordeaux / Macerata
Type d'événement: 
Appels à contribution
Catégorie principale: 
Mots-clés: 
départ, partir, partement, séparation, partenza, partire, separazione, letteratura, francese, littérature française, medioevo, moyen âge, critique, interprétation
Nom du contact: 
Nelly Labère, Luca Pierdominici (éds.)