Colloque international de Traduction et de Traductologie - Trento 19 – 21 mai 2027

De bonnes et de mauvaises traductions des littératures francophones
Colloque international de Traduction et de Traductologie
19 – 21 mai 2027
Università degli Studi di Trento, Dipartimento di Lettere e Filosofia
Il y a près de dix ans, nous avons organisé un colloque international intitulé Qu’est-ce qu’une mauvaise traduction littéraire ? consacré à la question des mauvaises traductions littéraires. Les chercheurs, traductologues et traducteurs réunis à cette occasion ont cherché à définir les critères permettant d’identifier une mauvaise traduction en analysant, entre autres, des traductions françaises de textes appartenant aux littératures russe, géorgienne, anglo-américaine, grecque, etc.
Nous souhaitons aujourd’hui prolonger et élargir cette réflexion en l’ouvrant plus particulièrement aux traductions des littératures francophones. Ce choix de corpus n’est pas anodin. Les littératures francophones, notamment celles issues de contextes postcoloniaux, (re)mettent fréquemment en question les catégories linguistiques, stylistiques et culturelles à partir desquelles les textes sont traditionnellement écrits. Mais elles interrogent également les catégories linguistiques, stylistiques et culturelles à partir desquelles leurs traductions sont analysées. Ces littératures sont notamment marquées, à des degrés et sous des formes diverses, par une forte hétérogénéité linguistique : plurilinguisme, variétés régionales du français, contacts de langues, alternance et mélange de codes, emprunts, calques, formes d’oralité et références culturelles propres. Toutes ces formes de marquage linguistique et culturel constituent autant de défis pour la traduction.
Dès lors, l’évaluation d’une traduction comme bonne ou mauvaise ne saurait être envisagée indépendamment des normes à partir desquelles elle est effectuée. Dans quelle mesure les critères traditionnellement mobilisés par la traductologie occidentale, souvent élaborés à partir de corpus et de traditions littéraires européennes, sont-ils opératoires pour rendre compte de textes francophones hétérolingues ? Que devient la notion de fidélité lorsque le texte source lui-même ne se conforme pas aux normes du français dit « de référence » ? Peut-on évaluer la traduction d’un texte francophone à partir des mêmes catégories que celles mobilisées pour un texte linguistiquement homogène ? Et, plus largement, l’étude des traductions des littératures francophones pourrait-elle contribuer à une forme de décentrement, voire de décolonisation, des critères d’évaluation de la traduction littéraire ?
Les publications et les ouvrages consacrés à l’évaluation de la qualité des traductions s’inscrivent en effet pour une large part dans une tradition théorique occidentale et centrée sur l’Europe. En concentrant leur attention sur le produit final du processus traductionnel, certaines de ces approches tendent à présupposer la qualité et la stabilité du texte source, considéré comme rédigé selon les « normes grammaticales et stylistiques » du français dit de « référence ». Or cette hypothèse ne permet pas nécessairement de rendre compte de nombreux textes hétérolingues des littératures postcoloniales et francophones. De même, certaines conceptions de la traduction reposent sur une représentation univoque du signe, postulant « une certaine stabilité dans le rapport signifiant-signifié-référent à l’intérieur de chaque langue » . Pourtant, nombre de textes caractérisés par leur hétérogénéité linguistique et culturelle résistent à ces différents cadres théoriques.
Nous invitons ainsi les chercheurs à soumettre des propositions de communication portant sur les bonnes et sur les mauvaises traductions des littératures francophones. Les communications pourront s’interroger sur les critères qui permettent d’évaluer la pertinence, les limites ou les réussites des choix traductifs, mais aussi remettre en question les catégories mêmes à partir desquelles une traduction est déclarée bonne ou mauvaise. Il s’agira notamment d’examiner ce qui se joue dans la traduction de l’hétérolinguisme, des particularités lexicales et syntaxiques, des formes d’oralité, des variétés de français, des contacts de langues et des références culturelles, mais également de réfléchir aux normes linguistiques et esthétiques mobilisées pour juger ces choix.
Au fil des siècles, nombre d’ouvrages et de publications ont tenté de théoriser l’art de traduire et nombreux sont les théoriciens, les écrivains et les éditeurs qui ont énoncé des principes servant de règles aux traducteurs afin de produire une bonne traduction littéraire. Depuis les cinq règles sur la traduction formulées par Étienne Dolet en 1540, dans son ouvrage intitulé De la manière de bien traduire d’une langue à une autre, jusqu’aux travaux plus contemporains de Berman, Eco, Meschonnic, Derrida, Ballard et Ladmiral, pour n’en citer que quelques-uns, la réflexion sur la qualité de la traduction s’est longtemps organisée autour de notions telles que la fidélité, l’équivalence, la justesse ou la restitution des caractéristiques sémantiques et stylistiques du texte source.
Toutefois, les développements de la traductologie ont ainsi progressivement contribué à remettre en question la hiérarchie traditionnelle entre le texte original et le texte cible. Les notions d’équivalence, les approches déconstructionnistes, fonctionnalistes et descriptives ont notamment conduit à redéfinir la fidélité et à considérer la traduction non plus seulement comme la reproduction plus ou moins réussie d’un texte premier, mais comme une pratique interprétative et créatrice, soumise à des contraintes spécifiques. La traduction peut dès lors être envisagée comme un exercice de création sous contraintes, ou encore comme une forme de réfraction .
Il convient donc de nuancer l’idée selon laquelle la traduction serait toujours considérée comme un sous-produit du texte original, ou comme un mal nécessaire, même si le très célèbre dicton Traduttore traditore demeure révélateur de la persistance de cette représentation. La question n’est plus seulement de savoir dans quelle mesure une traduction « tient lieu » de l’original, mais aussi de déterminer ce que l’on entend par fidélité, équivalence, réussite ou trahison, et à partir de quelles normes et de quels points de vue ces notions sont définies.
Cette interrogation conduit également à poser la question de l’instance qui possède l’autorité nécessaire pour déterminer qu’une traduction est bonne ou mauvaise. Est-ce l’auteur du texte source ? Le traducteur lui-même ? Un auteur-traducteur ? L’éditeur ? Le critique ? Le lecteur ? Le chercheur ou le traductologue ? Les critères d’évaluation varient-ils selon les acteurs, leurs positions et leurs attentes ? Une approche plus sociologique de la traduction pourrait ainsi permettre de confronter différents discours sur la qualité et d’étudier les représentations de la bonne et de la mauvaise traduction dans les milieux littéraires et éditoriaux. Des entretiens avec des auteurs, des traducteurs, des éditeurs ou des critiques pourraient notamment constituer une source pour ce type d’analyse.
Les communications pourront ainsi porter, entre autres, sur les questions suivantes :
1) Les mauvaises traductions des littératures francophones.
2) Les bonnes traductions des littératures francophones.
3) Les éléments objectifs qui autorisent les lecteurs et/ou les critiques à définir un texte traduit d’une littérature francophone comme étant une bonne ou une mauvaise traduction.
4) Les corrections effectuées, après la première publication, par le traducteur lui-même ou par l’auteur, par d’autres traducteurs ou d’autres écrivains pour rendre bonne ou meilleure une mauvaise traduction des littératures francophones.
5) L’IA peut-elle produire une bonne ou une mauvaise traduction des littératures francophones ?
6) Dans quelle mesure les normes du français dit « de référence » influencent-elles l’évaluation des traductions de textes francophones hétérolingues ?
8) Comment traduire et comment évaluer la traduction du plurilinguisme, des variétés de français, des contacts de langues, de l’oralité, des emprunts et des références culturelles ?
9) Les catégories traditionnelles de fidélité et d’équivalence permettent-elles de rendre compte de ces pratiques ?
10) Qui détermine qu’une traduction est réussie ou ratée, et en se basant sur quels critères ?
11) Comment les auteurs, les traducteurs, les éditeurs et les critiques construisent-ils leurs propres représentations de la qualité d’une traduction ?
12) Peut-on parler de critères spécifiquement adaptés à la traduction des littératures francophones et postcoloniales ?
13) Dans quelle mesure l’étude de ces traductions peut-elle contribuer à décentrer ou à décoloniser les modèles d’évaluation de la traduction littéraire ?
14) Comment penser les rapports entre original et traduction lorsque le texte source lui-même remet en question les frontières entre les langues et les cultures ?
Les intervenants pourront notamment s’interroger sur le statut, la présence et/ou l’absence de qualités d’une ou de plusieurs traduction(s) d’un roman, d’une pièce de théâtre, d’une nouvelle, d’un poème, d’une bande dessinée ou de toute autre œuvre relevant d’une littérature francophone. Les communications pourront privilégier une approche comparative, poétique, traductologique, linguistique, sociologique, historique, éditoriale ou encore interculturelle.
Comité d’organisation :
Gerardo Acerenza (Université de Trente – Italie).
Henri Biahé (Université de la Saskatchewan – Canada).
Pénélope Cormier (Université de Moncton – Canada).
Nicole Nolette (Université de Waterloo – Canada).
Comité scientifique :
Gerardo Acerenza (Université de Trente – Italie).
Mohamed Aït-Aarab (Université de la Réunion – France).
Henri Biahé (Université de la Saskatchewan – Canada).
Julie Boissonneault (Université d’Ottawa – Canada).
Pénélope Cormier (Université de Moncton – Canada).
Ylenia De Luca (Université de Bari “Aldo Moroˮ – Italie).
Mzaro Dokhtourichvili (Université d’État Ilia de Tbilissi – Géorgie).
Nabil El Jabbar (Université de Kénitra – Maroc).
Marco Modenesi (Université de Milan “La Stataleˮ – Italie).
Nicole Nolette (Université de Waterloo – Canada).
Paola Puccini (Université de Bologne - Italie).
Sathya Rao (Université de l’Alberta - Canada).
Fabio Regattin (Université de Udine – Italie).
Giulio Sanseverino (Université de Trente – Italie).
Paolo Tamassia (Université de Rome 2 – Italie).
Alexie Tcheuyap (Université de Waterloo – Canada).
Valeria Zotti (Université de Bologne – Italie).
Calendrier :
Date limite pour l’envoi des propositions : 7 janvier 2027.
Notification d’acceptation : avant le 15 février 2027.
Inscription et frais d’inscription : 28 février 2027.
Publication après évaluations par les pairs : mars-mai 2028.
Envoie des propositions : mauvaisesetbonnes@gmail.com
Langue du colloque : français.
Durée des communications : 30 minutes (20 min. communication + 10 min. questions/discussion).
Frais d’inscription : avant le 28 février 2027 – 80 Euros. Après le 28 février 2027 – 110 Euros. Les frais d’inscription comprennent les pauses café et le matériel du colloque. Paiement par virement bancaire. Informations après acceptation des propositions de communication.