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L'écrivain(e) dans la musique

Résumé de l'annonce: 
Appel à contribution pour le colloque "L'écrivain(e) dans la musique", qui se déroulera à l'Institut français de Florence les 22 et 23 février 2018.

On peut distinguer – note Michel Gribenski – « trois points de rencontre entre littérature et musique, et partant, trois perspectives dans les études musico-littéraires : collaboration de la musique et de la littérature, présence de la musique dans la littérature, enfin présence de la littérature dans la musique [1].

S’insérant dans le cadre du projet de recherche « Regards croisés », qui a donné lieu au colloque : « Le compositeur dans la littérature » (Paris, 8-10 décembre 2016), ce nouveau colloque, qui en constitue le deuxième volet, se propose d’étudier la présence de l’écrivain(e) dans la musique.

Les enjeux de cette deuxième rencontre sont, de toute évidence, différents des précédents, dans la mesure où le changement de perspective implique aussi le changement du code sémiotique de référence : là où la musique peut constituer l’objet, au niveau thématique, de la littérature (en vertu de la traditionnelle primauté du langage verbal sur le langage musical), le code a priori non sémantique et non conceptuel de la musique demande un traitement plus circonspect quant au problème de la représentation.

Ce que nous pouvons appeler, à défaut d’un terme plus spécifique, la « représentation » de la littérature dans la musique (prenant ce terme, en l’occurrence, dans son acception la plus large : figuration, schème, etc.), semble pouvoir s’étager sur  plusieurs niveaux :

A. Représentation de l’écrivain(e) dans l’œuvre musicale.

  • D’abord, l’écrivain lui-même, réel ou fictif, érigé en personnage ou en héros mythique, constitue en tant qu’artiste un objet – si ce n’est l’objet pricipal – de l’œuvre musicale. Sa biographie, volontiers anecdotique, devient alors la source même d’inspiration pour le musicien.
    • Auteurs réels : Shakespeare (Le Songe d’une nuit d’été d’Ambroise Thomas), André Chénier (Andrea Chénier d’Umberto Giordano) ;
    • Auteurs fictifs : Orphée, de Monteverdi à Berio en passant par Gluck ou Offenbach ; Lenski (Eugène Onéguine de Piotr Ilitch Tchaïkovski) ; Lélio (Lélio ou le Retour à la vie de Berlioz) ; Rodolpho (La Bohème, de Giacomo Puccini ou Ruggero Leoncavallo) ; le poète de la « symphonie-drame » de Gustave Charpentier : La Vie du poète.
  • Parfois, le poète et sa voix s’incarnent par le medium de la musique, sans pour autant que le compositeur recoure au genre dramatique. C’est notamment le cas dans certains cycles de lieder.
    • Die schöne Müllerin ou Winterreise de Franz Schubert.
  • Mais au-delà de la simple dimension biographique, c’est bien souvent la poétique que l’écrivain(e) défend (voire qu’il (elle) met parfois en pratique au sein même du mélodrame ou de l’opéra qui l’accueille) qui constitue le centre d’intérêt réel de l’œuvre musicale, précisément lorsqu’elle fait écho à (ou entre en conflit avec) les principes artistiques qui sont ceux du compositeur.
    • Olivier (Capriccio de Richard Strauss) ; le poète (dans Prima la musica e poi le parole d’Antonio Salieri).

B. Représentation métonymique de l’écrivain(e) dans l’œuvre musicale

  • Par ailleurs, un personnage peut, en raison de son succès littéraire propre, s’émanciper de l’œuvre littéraire pour vivre sa propre vie mythique et héroïque dans une œuvre musicale. Il peut alors, par la relation métonymique qu’il entretient avec l’auteur, en constituer le substitut, l’émissaire, le porte-parole.
    • On pourrait, par exemple, chercher en quoi le Don Quichotte de Jules Massenet, constitue pour le public français une représentation – même archétypale – de Cervantès et de son art, et tenter également de démêler ce qui, dans ce personnage et les couleurs musicales dont Massenet l’a paré, participe de l’art et de la personne de Cervantès ou du musicien français.

C. Quand la musique rend hommage à l’écrivain(e)

  • Un auteur littéraire, bien réel, préside parfois à la création d’une pièce musicale qui peut lui être dédiée ou qui est plus ou moins directement inspirée de son œuvre (l’ouverture du Roi Lear de Berlioz). L’étude du paratexte (dédicaces, Mémoires du compositeur, correspondance) permet alors de définir précisément le rôle et la présence de l’écrivain(e) au sein de l’œuvre musicale, de même qu’une étude comparée des esthétiques littéraire et musicale peut mettre au jour points de convergence ou spécificités propres aux deux langages artistiques ou à chaque artiste.
    • Ouverture du Roi Lear d’Hector Berlioz ; Préludes de Franz Liszt.

D. Un cas particulier : l’artiste polygraphe

  • On peut aussi étudier l’influence, chez l’artiste polygraphe, de son activité d’écrivain sur sa musique.
    • Hoffmann, Weber, Berlioz, Wagner, Nietzsche, Adorno.

 

Bibliographie générale :

  • Backès, J.-L., Musique et littérature. Essai de poétique comparée, Paris, PUF, 1994.
  • Berthier, Ph., Ringger, K., Littérature et Opéra, Presses Universitaires de Grenoble, 1987.
  • Brown C., S., Music and Literature. A Comparison of the Arts, Athens, University of Georgia, Thomson Press, 1948.
  • Brunel, P., Les arpèges composés. Musique et littérature, Paris, Klincksieck, 1997.
  • Dalhaus, C., L’Idée de la musique absolue. Une esthétique de la musique romantique (1978), trad. fr. Genève, Contrechamps, 1997.
  • Escal, F., Contrepoints. Musique et Littérature, Paris, Klincksieck, 1990.
  • Gribenski, M., «Littérature et musique», Labyrinthe (En ligne), 19/2004, pp. 111-130.
  • Harmat, A.-M., Musique et littérature. Jeux de miroirs. Editions Universitaires du Sud, 2009.
  • Literatur und Musik. Ein Handbuch zur Theorie und Praxis eines kompositorischen Grenzgebietes, Berlin, Erich Schmidt Verlag, 1984.
  • Littérature et musique au XXe siècle, Paris, PUF, 2001.
  • «Les Musiciens et la littérature» in Revue des Sciences Humaines, 205, 1987/1 («Musique et littérature»), pp. 111-2014.
  • Locatelli, A., Landerouin, Y., Musique et Roman, Le Manuscrit, 2008.
  • Picard T., L’art total : grandeur et misère d’une utopie, Presses Universitaires de Rennes, 2006.
  • Picard, T., Wagner, une question européenne, Rennes, Presses Universitaires, 2006.
  • Piette, I., Littérature et musique. Contribution à une orientation théorique (1970-1985), Presses Universitaires de Namur, 1987.
  • Richer, L. (éd.), Littérature et Musique, Lyon, CEDIC, 2005.
  • Ruwet, N., Langage, musique, poésie, Paris, Seuil, 1972.
  • Souriau E., La correspondance des arts. Eléments d’esthétique comparée (1947), Paris, Sciences de l’homme, 1969 (Musique et littérature, pp. 145-218)

 

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Comité scientifique : Michela Landi (Università di Firenze), Stéphane Lelièvre (Université de Paris-Sorbonne-CRLC), Rosina Neginsky (University of Illinois), Marthe Segrestin (Université de Paris-Sorbonne-CRLC) 

Les propositions (titre et résumé de 2000 caractères maximum), assortis d’une courte biographie, sont à adresser avant le 30 septembre 2017 aux membres du comité scientifique : Michela Landi (michela.landi@unifi.it) Stéphane Lelièvre (st.lelievre@gmail.com); Rosina Neginsky (rosina.neginsky@yahoo.com); Marthe Segrestin (marthe.segrestin@wanadoo.fr)

 

[1] Michel Gribenski, « Littérature et musique. Quelques aspects de l’étude de leurs relations », Labyrinthe [En ligne], 19/2004, p. 115-116.

Suggéré par: 
Nancy Murzilli
Courriel: 
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Date de début ou date limite de l'événement: 
30/09/2017
Ville de l'événement: 
Florence
Type d'événement: 
Appels à contribution
Catégorie principale: 
Mots-clés: 
écrivains, musique
Nom du contact: 
Stéphane Lelièvre
Courriel du contact: 
st.lelievre@gmail.com