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XIXe siècle

Revue Nerval, n°11, 2027

Dossier : Nerval et les arts de la mémoire (dir. Jean-Nicolas Illouz, Henri Scepi)

Résumé de l'annonce (2 lignes maximum): 
Appel en deux volets : Varia et dossier thématique, "Nerval et les arts de la mémoire".
Dossier : Nerval et les arts de la mémoire (dir. Jean-Nicolas Illouz, Henri Scepi) « L’aspect des lieux aimés rappelle en moi le sentiment des choses passées », écrit Nerval dans *Promenades et souvenirs* : sous cette formule, on ne peut plus simple, qui dit une expérience, on ne peut plus familière, nous croyons déceler – ce sera l’hypothèse de recherche pour ce nouveau dossier de la *Revue Nerval* – la survivance des anciens arts de la mémoire dans les formes propres du ressouvenir nervalien. Cicéron (*De Oratore*, Livre II, LXXXVI) rapporte que l’invention de l’Art de la mémoire revient au poète Simonide de Céos : celui-ci, attablé avec des convives à un banquet, fut sauvé par Castor et Pollux de l’effondrement du plafond ; revenant sur les lieux, il parvint à identifier les convives défigurés en se rappelant la place qu’ils occupaient autour de la table. Tous les éléments de cette fable font sens : érigée contre la mort qui efface jusqu’aux noms, la mémoire établit une presque gémellité (suggérée par le couple des demi-jumeaux Castor et Pollux) entre le passé et son ressouvenir ; mi-humaine (Castor est fils d’un mortel) mi-divine (Pollux est fils de Zeus), elle fait naître des images qui expriment à la fois le devenir mortel de l’événement et sa ressaisie idéale dans l’esprit. Toutefois, Simonide tira surtout une conséquence pratique de son expérience : remarquant que les souvenirs ont pour ancrage des lieux et que la mémoire prend appui sur des configurations de l’espace, il déduisit un art (une *technè*) propre à exercer cette faculté humaine : pour se remémorer un fait ou la partie d’un discours, l’orateur devra imaginer des emplacements distincts, attacher à chaque lieu une image, et, en passant mentalement d’un lieu à l’autre, déployer, d’image en image, l’ordre des faits et l’ordre du discours dans l’art de la parole. L’image est filée de manière très suggestive : « Les emplacements, où sont conservées les idées, sont la tablette de cire, et les images, les lettres qu’on y trace », écrit Cicéron. Depuis l’ouvrage fondateur de France A. Yates, *L’Art de la mémoire*, plusieurs études ont entrepris déjà de déplacer ce dispositif mnémonique des âges de l’éloquence, antérieurs à l’invention de l’imprimerie, à la littérature elle-même : aux arts rhétoriques de la mémoire succèderaient donc des arts poétiques de la mémoire, ceux-ci conservant comme la rémanence inconsciente de ceux-là. L’œuvre de Nerval nous semble permettre de déployer cette hypothèse selon plusieurs directions : **1. Une expérience spatiale du temps** Si peu d’œuvres associent aussi étroitement l’espace et le temps que celle de Nerval, celle-ci peut nous inviter, très concrètement, à prendre à la lettre la métaphore architecturale sur laquelle s’appuient les arts de la mémoire dès lors que l’orateur, pour produire son discours, est amené à édifier en lui-même une « maison intérieure » qu’il parcourt mentalement de pièce en pièce. La chaumière ou le château ; la ruine ou la bibliothèque ; les fouilles archéologiques de Pompéi ou les rues de Paris ; les lieux de la mémoire individuelle ou ceux de la mémoire nationale (la Basilique de Saint-Denis, le château de Saint-Germain, Châalis, Ermenonville, etc.), spatialisent la perception nervalienne du temps et dessinent les linéaments d’une cartographie intérieure, fécondant le souvenir. Plus largement, le paysage, quel qu’il soit, dans sa réalité la plus concrète comme dans sa valeur affective la plus secrète, balise l’espace de la mémoire. Il nous faudra revenir sur le Valois nervalien, qui est à tous égards une terre de mémoire : la mémoire personnelle et affective, la mémoire collective et historique, ou encore la mémoire d’outre-mémoire des mythes, quand, dans les strates géologiques du territoire, se découvrent des grottes, des souterrains, ou des roches-témoins, valant comme autant de cryptes inconscientes, où s’élaborent le mythe personnel des enfants du feu. De la même façon que l’orateur qui s’aide des arts de mémoire est invité à circuler mentalement d’un lieu à l’autre de sa « maison intérieure », le point de vue qu’adopte le narrateur nervalien sur le paysage est un point de vue mobile : s’y dessine un parcours, qui n’est plus cependant le parcours réglé dont découle un discours ordonné de l’orateur, mais un parcours en caprices et zigzags, fantasque ou fantasmatique, où la promenade se change en errance et l’errance en divagation, selon la loi d’un « déplacement » qui fait s’équivaloir le mouvement physique du corps dans l’espace et les « lignes d’erre » de la psyché. **2. Mémoire et histoire** La réflexion sur les arts de la mémoire nous invitera à reconsidérer sur nouveaux frais le discours historiographique qui sous-tend les rêveries ou divagations nervaliennes. La spatialisation du temps (que critiquera Bergson, mais qui demeure chère à Bachelard) fait éclater l’illusion d’un continu de l’histoire. Nerval relève, tout au long de ses périples, des traces du passé, mais des traces éparses, hétéroclites, comme les fragments d’une totalité perdue ou les reflets diffractés d’une origine absente. Nerval, dirait Walter Benjamin, est un « chiffonnier de l’histoire » : il emprunte à tout ce qui vient, rencontré au hasard des chemins ou bien parmi les livres des bibliothèques, faisant de chaque trace un indice, – et recyclant sans fin les chiffons en papiers. D’autre part, le modèle des arts de la mémoire implique que le passé lui-même, en tant qu’objet de remémoration, a cessé d’être seulement passé : il devient affaire, non d’une saisie objective comme le voudrait l’historien, mais d’un travail inconscient dont le lieu est le présent où se forme le souvenir. On pourra donc étudier un Nerval historien « benjaminien » en quelque sorte, un Nerval historien de différents « lieux de mémoire » (Pierre Nora), un Nerval archéologue (du passé et de l’inconscient), mais aussi, par exemple encore, un Nerval folkloriste du Valois, pour qui les chansons perdues de l’enfance ne gagnent rien à être « patrimonialisées » si elles ne demeurent l’enjeu d’une recherche poétique vivante, pour le présent et l’avenir. **3. Philosophies de l’image mémorielle** Aux formes du discours historique portés par les arts de la mémoire, on ajoutera une réflexion sur les enjeux philosophiques que comportent ceux-ci, et qui se maintiennent quand on passe des arts rhétoriques du passé à certaines poétiques modernes de l’écriture. De quelle nature, en effet, est « l’image » que l’orateur dépose mentalement en chaque « lieu » de sa « maison intérieure », pour qu’éclose, par elle et en ce lieu, le souvenir ? Dans une perspective néoplatonicienne, très active dans les réemplois des arts de la mémoire à la Renaissance, cette image conduit vers l’Idée ; et Nerval s’en souvient directement quand il évoque le *Second Faust* de Goethe, lui-même construit, comme *La Divine Comédie*, sur le modèle des arts de la mémoire : Faust parcourt, comme autant de « lieux », les spirales du temps, et, à chaque cercle, il rappelle, comme autant d’images mentales, des archétypes éternels, ramenant ainsi le fantôme d’Hélène des limbes de l’oubli à la lumière de la vie. Le récit d’*Aurélia* quant à lui s’appuie sur le modèle, lui aussi néo-platonicien, de la *Vita nova* que Dante présente explicitement comme un lieu particulier (la « rubrique ») du « livre de (sa) mémoire », où il va évoquer, non pas les « choses » elles-mêmes, mais leur « sens » : de la même façon, Nerval tente d’élucider symboliquement l’histoire d’amour et de mort qui fut la sienne ; mais l’idéalisme platonicien repris à Dante se brouille dans le récit d’une expérience qui n’est plus seulement l’expression d’une folie amoureuse interprétable « à plus haut sens », mais l’expression de failles psychiques propres au sujet moderne, conscient aussi des déterminismes historiques qui ont marqué son existence. Autre piste : en retravaillant l’intertextualité du *Songe de Poliphile* dans l’œuvre de Nerval, on pourra montrer comment l’art des jardins, très codé philosophiquement à la Renaissance, fait l’objet, dans *Sylvie* ou *Aurélia*, de réemplois secrets qui disséminent son message philosophique, le rendant, non moins intense, mais plus incertain. **4. Écritures de la mémoire** Enfin, le modèle des arts de la mémoire, transposé à la littérature elle-même, invite à faire de l’écriture un espace propre, que le narrateur, comme l’orateur autrefois, parcourt en faisant de chaque « lieu » du texte le conservatoire d’une ou de plusieurs « images », et de ces images le germe d’un souvenir et le principe d’un récit. Il faudra donc s’intéresser cette fois à des dispositifs d’écriture. Dans le théâtre de Nerval, les changements à vues ne sont-ils pas comme autant de lieux propices à l’éclosion d’images, qui creusent le souvenir en remontant l’ordre du temps ? Ne peut-on prendre à la lettre le motif du « château » dans *Petits châteaux de Bohême*, et voir alors dans cette forme fantaisiste d’une autobiographie poétique la recherche d’une écriture de soi qui composerait moins avec la vérité qu’avec l’illusion ? On pourra revenir sur « l’autobiographie spirituelle » qui sert de modèle au récit d’*Aurélia*, livre de mémoire autant que livre de deuil. Le défilé des chapitres dans *Sylvie* n’est-il pas conçu comme un parcours de lieux, suscitant des images, qui, selon maints détails, qui insistent et se répètent, diffractent le récit de souvenir ? Une piste encore : l’architecture du recueil des *Chimères* n’est-elle pas, sur la page et selon l’ordre du recueil, celle d’un « temple » de papier, édifié selon un art de la mémoire à usage tout personnel, – et déployé pour quel Sens ? Jean-Nicolas Illouz & Henri Scepi **Indications bibliographiques (sur les arts de la mémoire)** BOLZONI, Lina, *La Chambre de la mémoire* [1995], Genève, Groz, 2005. GENDREL, Bernard, *Les Voies de la mémoire. Chateaubriand, Balzac, Huysmans*, Paris, Hermann, 2015. ILLICH, Ivan, *Du lisible au visible : la naissance du texte. Un commentaire du Didascalicon de Hugues de Saint-Victor*, trad. Jacque Mignon, Paris, Cerf, 1991. ROSSI, Paolo, *Clavis Universalis* [1960], Grenoble, Jérôme Million, 1993. ROUBAUD, Jacques, *L’Invention du fils de Léoprepes (poésie et mémoire)*, Paris, Circé, 1993. YATES, Frances A., *L’Art de la mémoire* [1966], trad. Daniel Arasse, Paris, Gallimard, 2022. ZANONE, Damien, « Art de la mémoire et sens du passé. D’un usage des jardins chez Rousseau et Chateaubriand », dans Frédéric Charbonneau et Marie-Paule de Weerdt-Pilorge (dir.), *Le Passé composé*, Paris, Classiques Garnier, 2020, p. 277-293. --- Les propositions d’articles, pour les Varia comme pour le dossier, doivent nous parvenir avant le 1er avril 2026, sous la forme d’un résumé de 1500 signes environ, assorti d’une courte biobibliographie. Pour les propositions retenues, les articles eux-mêmes doivent nous être remis, sous forme de fichiers électroniques, au plus tard au 1er septembre 2026. Le numéro 11 de la Revue Nerval paraîtra en avril 2027.
Nom du contact: 
Jean-Nicolas Illouz
Courriel du contact: 
jean-nicolas.illouz@wanadoo.fr
Suggéré par: 
Benoît Monginot
Courriel: 
benoit.monginot@unito.it
Date de début ou date limite de l'événement: 
01/04/2026
Ville de l'événement: 
Parigi
Type d'événement: 
Appels à contribution
Catégorie principale: 
Sous-catégorie: 
Mots-clés: 
Arts de la mémoire, Nerval

InterArtes n.7

Contenu de l'annonce: 

Il presente numero di InterArtes raccoglie alcuni contributi legati alla persistenza e alla tenacia del mito di Faust e alla intrinseca capacità di trasformazione del mito nella cultura prevalentemente europea, dal Rinascimento alla contemporaneità, attraverso letteratura, cinema, arti visive e...

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Mots-clés: 
Mythe, Faust, connaissance
ISSN format électronique: 
2785-3136
Titre du numéro: 
Faust, mito della modernità (n°7)
Catégorie principale: 
Courriel: 
laura.brignoli@iulm.it
Directeur(s) scientifique(s): 
Laura Brignoliv - Silvia Zangrandi
Date de mise en ligne: 
Samedi, Décembre 20, 2025
Date de parution: 
Lundi, Décembre 29, 2025
Lieu de parution: 
Dipartimento di Studi Umanistici – Università IULM
Suggéré par: 
Laura Brignoli

Presentazione del volume di Francesco Fiorentino, "Balzac" (Laterza, 2025).

Résumé de l'annonce (2 lignes maximum): 
Presentazione del volume di FRANCESCO FIORENTINO, "Balzac" (Laterza, 2025) Giovedì 11 dicembre 2025, ore 17.30 Fondazione Primoli (via Zanardelli 1, Roma)
Introduce LUCA PIETROMARCHI Università Roma Tre Intervengono ANDREA DEL LUNGO Sapienza Università di Roma FRANCESCO SPANDRI Università Roma Tre Sarà presente l’autore. Per chi non potrà partecipare in sala, l’evento sarà trasmesso in diretta streaming sul canale YouTube della Fondazione Primoli.
Nom du contact: 
Francesco Spandri
Courriel du contact: 
spandrif@gmail.com
Suggéré par: 
Francesco Spandri
Courriel: 
spandrif@gmail.com
Date de début ou date limite de l'événement: 
11/12/2025
Date de fin de l'événement: 
11/12/2025
Ville de l'événement: 
Roma
Type d'événement: 
Parutions d'ouvrages
Catégorie principale: 
Sous-catégorie: 

Intersections. Avatars et péripéties d’espaces en interaction

Contenu de l'annonce: 

Le troisième numéro de la collection « Regards croisés » explore le concept d’intersection, notion ambivalente impliquant à la fois rencontre, conflit et transformation examinés sous divers angles. Cette notion à deux endroits s’avère d’autant plus fructueuse dans le parallèle établi entre la...

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Catégorie principale: 
Suggéré par: 
Luca Pierdominici
Courriel: 
luca.pierdominici@unimc.it
ISBN: 
979-12-5704-033-8
Collection: 
Regards croisés, 3
Anonyme
Éditeur: 
EUM
Lieu de parution: 
Macerata
Date de parution: 
Lundi, Octobre 20, 2025
Date de mise en ligne: 
Jeudi, Novembre 6, 2025
URL: 
https://eum.unimc.it/it/catalogo/941-intersections
Langue: 
Francese
Site web de référence: 
https://eum.unimc.it/it/index.php?controller=attachment&id_attachment=1692

Corbière & Cie

Résumé de l'annonce (2 lignes maximum): 
Seconda giornata del Convegno: "Corbière et Cie" in occasione dell'anniversario della nascita e della morte del poeta.
Il Convegno "Corbière et Cie", in collaborazione tra l'Università di Firenze e l'Université Sorbonne Nouvelle, si è svolto in due giornate. La prima giornata si era tenuta a Firenze, Institut Français, il 21 febbraio 2025. La seconda giornata si terrà a Parigi, presso la Sorbonne Nouvelle, il 14 novembre prossimo. Il Convegno ha avuto il sostegno dell'Université Franco-Italienne e della Société des Etudes Romantiques et Dix-neuvièmistes.
Nom du contact: 
Michela Landi
Courriel du contact: 
michela.landi@unifi.it
Adresse postale: 
Dipartimento DILEF-Via della Pergola 60-50121 Firenze
Suggéré par: 
Michela Landi
Courriel: 
michela.landi@unifi.it
Date de début ou date limite de l'événement: 
14/11/2025
Date de fin de l'événement: 
14/11/2025
Ville de l'événement: 
Paris
Type d'événement: 
Colloques
Catégorie principale: 
Sous-catégorie: 
Mots-clés: 
Tristan Corbière, poesia, fin de siècle

Frontières et clandestinités littéraires : plagiats, contrefaçons, apocryphes dans l'Europe du XIXe siècle

Rilune. Revue des littératures européennes, vol. 20, 2026

Résumé de l'annonce (2 lignes maximum): 
Le nouveau numéro de Rilune (vol. 20, 2026) se penche sur toute forme de clandestinité littéraire ou éditoriale (plagiat, contrefaçon, textes apocryphes, pseudonymes, anonymes) au XIXe siècle, à travers le prisme de la circulation européenne des livres, des textes et des imaginaires. Le volume s'interroge en particulier sur les rapports entre les formes de clandestinité littéraire et le statut romantique du poète, à la fois sujet inimitable et expression suprême du génie national.
Frontières et clandestinités littéraires : plagiats, contrefaçons, apocryphes dans l’Europe du XIXe siècle sous la direction de Michele Morselli Le nouveau numéro de Rilune (vol. 20, déc. 2026) souhaite revisiter la notion de « clandestinité » littéraire dans l’Europe du XIXe siècle, pour mettre en lumière la circulation internationale des textes et des imaginaires à l’aube de la littérature contemporaine. La « clandestinité » doit être conçue littéralement, comme activité en marge ou en violation des lois. Elle peut concerner l’identité de l’auteur, échappant aux mailles de la censure (textes pseudonymes ou anonymes) ; la production du texte, ce dernier état le plagiat ou le prolongement non autorisé d’un autre ouvrage ; sa réception, le lectorat étant la dupe d’attributions frauduleuses de l’ouvrage de la part de l’éditeur (textes apocryphes). Si la littérature est une “marchandise” qui peut attirer des ennuis à son propriétaire ou que l’on vole pour s’enrichir, les clandestinités littéraires révèlent leur puissance poétique surtout lorsque confrontées aux frontières des littératures nationales. Malgré l’infraction du principe d’originalité qui, depuis l’époque romantique, constitue le premier garant de la littérarité du texte, la clandestinité des auteurs et de leurs ouvrages présuppose une littérature qui échappe à tout prétendu génie national, et qui circule librement dans l’Europe entière par ses formes, ses pratiques, ses thèmes. Les études de Robert Darnton (Censors at Work, 2014 ; Pirating and Publishing, 2021) ont mis en évidence que la circulation de textes clandestins est cruciale pour la diffusion de la culture non seulement dans l’Ancien Régime français, mais dans l’Europe des Lumières. Pendant et après la Restauration, la relative libéralité de la censure à l’égard du livre nous encourage néanmoins à intégrer la notion juridique de « clandestinité » avec la nouvelle sensibilité romantique. Entre le XVIIIe et le XIXe siècle, le « sacre de l’écrivain », selon la formule chère à Paul Bénichou, fait écho au « sacre du sujet » (Alain Vaillant, Dictionnaire du romantisme, 2012-2023), opérant une révolution esthétique de portée copernicienne. L’originalité n’est plus seulement l’émanation d’un principe législatif, ni la garantie d’une propriété intellectuelle que l’auteur, personne morale, doit protéger, mais la précondition de toute littérarité, puisque expression unique du soi. En même temps, le nouveau siècle est marqué par un « triomphe du livre » (Lyon, Le Triomphe du livre, 1987), qui jure avec l’originalité de l’écrivain. Des études comme celle de James Smith Allen (Popular French Romanticism, 1981) ont depuis longtemps dépeint l’activité éditoriale effrénée des débuts du XIXe siècle (Durand, Glinoer, Nyssen, Naissance de l’éditeur, 2008 ; Lyon-Caen, La Lecture et la vie, 2006). Dans les cabinets de lecture (Parent-Lardeur, Lire à Paris au temps de Balzac, 2e éd., 1999), des abonnés de presque tout milieu social attendent avec impatience la parution de nouveaux romans. Pour satisfaire la voracité du lectorat, le marché ne peut que contrevenir au « sacre du sujet », produisant fébrilement une littérature « à la manière de » Scott, Radcliffe ou Pigault-Lebrun. Aux côtés des futurs protagonistes de la querelle romantique, des faiseurs de romans aujourd’hui oubliés multiplient les pseudonymes pour diversifier les catalogues ; ils présentent des œuvres originales sous forme de traductions libres d’auteurs à la mode ou plagient des passages d’autres romans ; ils exploitent le succès de vaudevilles ou de mélodrames, jusqu’à en transposer entièrement la matière dans leurs propres textes. Comme la célébration de l’originalité romantique passe également par les contraintes industrielles d’une littérature de masse, des pratiques comme le plagiat, la contrefaçon, la pseudonymie ou l’anonymat se prétendent clandestines puisqu’elles violent les principes d’authenticité et de spontanéité que présuppose le pacte avec le nouveau lectorat romantique. D’après les Questions de littérature légale (1812-1828) de Charles Nodier, le franchissement de la frontière entre imitatio et plagiat, tribut et vol, est d’autant plus grave lorsque la victime est un auteur « moderne et national ». Sans parler des dommages économiques du plagiat (Godefroid, Aspects inconnus et méconnus de la contrefaçon en Belgique, 1998), Nodier paraît aussi sous-entendre que le concept de contrefaçon peut s’étendre aux mouvements culturels, aux modèles littéraires et aux formes narratives. En effet, le romantisme a consacré l’écrivain non seulement comme sujet, mais aussi comme expression suprême du génie national, dans le sillage du Literarischer Nationalismus. Le “vol” de pratiques, de thèmes, d’imaginaires littéraires se manifeste lorsque le génie national s’impose par son altérité irréproductible : « Une traduction, ou même une imitation exacte », écrit Constant à propos de son Wallstein (1809), tiré de la trilogie de Schiller, « était impossible », tandis que, vingt ans plus tard, Vigny avoue n’avoir joué qu’un « prélude de Shakespeare » dans sa traduction d’Othello (1827). À la circulation internationale de modèles, formes et thèmes correspond souvent la circulation clandestine de textes, leur attribution douteuse, sinon leur vol. Songeons à la prolifération européenne des apocryphes napoléoniens, bien avant et longtemps après la publication du Mémoriel de Sainte-Hélène (1823). C’est également le cas de la circulation de la Vera istoria di due amanti infelici, édition pirate des Ultime lettere di Jacopo Ortis (1802), ou de l’influence – authentique – qu’un faux comme l'œuvre d’Ossian (1760) a pu avoir sur la vie littéraire européenne, de Goethe à Leopardi. Songeons également à l’engouement pour les vampires (Sangsue, « Les vampires littéraires », 1989), mode romantique qui invite néanmoins à la mystification littéraire sous plusieurs formes : récit de Polidori attribué à Byron, The Vampyre (1819) est prolongé par le roman Lord Ruthwen (1820), attribué à tort à Charles Nodier, qui adapte néanmoins le texte de Polidori en mélodrame (Le Vampire, 1820). Les contributions mettant en lumière toute forme de clandestinité littéraire ou éditoriale, à travers le prisme de la circulation européenne des livres, des textes et des imaginaires, seront les bienvenues. Un intérêt particulier est porté à la première moitié du XIXe siècle, époque marquée par la codification de pratiques poétiques et éditoriales, ainsi que civiques et politiques, qui résonnent encore aujourd’hui. Cependant, des propositions faisant référence à des périodes historiques et littéraires adjacentes sont également encouragées. Nombre de phénomènes littéraires de la première moitié du XIXe siècle trouvent leurs racines au XVIIIe et perdurent jusqu’au début du XXe : nous songeons aux imitations et aux suites de romans comme Le Paysan parvenu (1734-1735) sous l’Ancien Régime ou à la présence de Herlock Sholmes chez Maurice Leblanc, sans oublier les plagiats qui émaillent la littérature populaire de la seconde moitié du XIXe siècle, comme L’assassinio di rue Saint-Roch (1860-1861) d’Alexandre Dumas, plagiat d’Edgar Allan Poe paru (en italien) dans L’Indipendente. Les propositions (500 mots max.), en français, anglais ou italien, doivent être soumises au plus tard le 12 décembre 2025 à l’adresse diplingmod.rilune@unibo.it, avec copie à M. Michele Morselli (michele.morselli3@unibo.it). Les propositions doivent également inclure une brève notice bio-bibliographique (150 mots max.). Les articles, rédigés en français, anglais ou italien, ne doivent pas dépasser 40 000 caractères, espaces compris, et seront soumis à une évaluation en double aveugle. Les normes éditoriales de la revue, que nous demandons de bien vouloir respecter scrupuleusement, sont disponibles sur le site web de Rilune à l’adresse suivante (https://rilune.org/index.php?option=com_content&view=article&id=273&Itemid=141). NB. Pour les versions anglaise et italienne de l’appel, veuillez visiter le site de Rilune https://rilune.org/index.php?option=com_content&view=article&id=272&Itemid=140. Calendrier Clôture de l’appel : 12 décembre 2025 Avis du comité scientifique : fin décembre 2025 Soumission des articles : 1er juin 2026 Retour des évaluateurs : 15 juillet 2026 Soumission des articles corrigés : 1er octobre 2026 Parution : novembre 2026
Nom du contact: 
Michele Morselli
Courriel du contact: 
michele.morselli3@unibo.it
Suggéré par: 
Michele Morselli
Courriel: 
michele.morselli3@unibo.it
Date de début ou date limite de l'événement: 
12/12/2025
Ville de l'événement: 
Bologna
Type d'événement: 
Appels à contribution
Catégorie principale: 
Mots-clés: 
plagiats, contrefaçons, apocryphes, pseudonymes, anonymes, romantisme

Journées d’études Chateaubriand

La Leçon de Jean-Claude Berchet - La critique aux XXe et XXIe siècles

Résumé de l'annonce (2 lignes maximum): 
La Leçon de Jean-Claude Berchet (3 octobre 2025) La critique aux XXe et XXIe siècles (4 octobre 2025)
Philippe Berthier (Le biographe) ; Jean-Claude Bonnet (Ses protocoles de lecture et d’écriture, sa diction) ; Béatrice Didier (La question autobiographique) ; Table ronde (sur les Voyages et les récits de voyages) animée par Gérard Gengembre avec Philippe Antoine, Alain Guyot, Sarga Moussa ; Diaporama consacré à Jean-Claude Berchet ; Entretien de Jean-Claude Bonnet avec Guy Berger. Arlette Girault-Fruet (L’œuvre de Marie-Jeanne Durry) ; -Sébastien Baudoin (Jean-Pierre Richard et la critique thématique) ; -Gérard Gengembre (L’œuvre de Pierre Barbéris) ; Olivier Tort (Chateaubriand, homme politique) ; Laetitia Saintes (Les études sur la presse et les pamphlets) ; Tables rondes sur les perspectives nouvelles de la critique et sur les chantiers en cours
Nom du contact: 
Aurelio Principato
Courriel du contact: 
aprincipato@uniroma3.it
Suggéré par: 
Aurelio Principato
Courriel: 
aprincipato@uniroma3.it
Date de début ou date limite de l'événement: 
03/10/2025
Date de fin de l'événement: 
04/10/2025
Ville de l'événement: 
Paris
Type d'événement: 
Colloques
Catégorie principale: 
Sous-catégorie: 
Mots-clés: 
Chateaubriand - Jean-Claude Berchet - Critiques XXe-XXIe siècles

The Balzac Review / Revue Balzac

Contenu de l'annonce: 

The Balzac Review / Revue Balzac
Revue dirigée par Francesco Spandri

2025, n° 8 - Écologies/Ecologies
Sous la direction de Göran Blix et Andrea Goulet

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Mots-clés: 
écocritique, temps profond, environnement, non-humain
Sous-catégories: 
ISSN format papier: 
2646-2044
Titre du numéro: 
Écologies/Ecologies
Catégorie principale: 
Courriel: 
francesco.spandri@uniroma3.it
Directeur(s) scientifique(s): 
Francesco Spandri
Éditeur: 
Classiques Garnier
Date de parution: 
Mercredi, Juillet 16, 2025
Lieu de parution: 
Paris
Suggéré par: 
Francesco Spandri

Le pouvoir du médecin au XIXe siècle

Contenu de l'annonce: 

Avec les progrès de la biologie, de la chirurgie et la mise en place progressive de politiques de santé, la médecine est discipline reine au temps du scientisme. Des médecins acquièrent une aura légitimée par leurs publications et leur médiatisation. Le discours médical fait autorité et son...

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Catégorie principale: 
Suggéré par: 
Michela Landi
Courriel: 
michela.landi@unifi.it
ISBN: 
978-2-406-18678-6
Collection: 
Carrefour des Lettres Modernes-Lettres modernes Minard
Anonyme
Éditeur: 
Classiques Garnier
Lieu de parution: 
Paris
Date de parution: 
Mercredi, Août 20, 2025
Date de mise en ligne: 
Mercredi, Août 20, 2025
URL: 
https://classiques-garnier.com/le-pouvoir-du-medecin-au-xixe-siecle.html
Langue: 
Français
Mots-clés: 
médecine et littérature; roman du XIXe siècle; Balzac; Zola; Bichat; Flaubert; Chateaubriand; Bourget; Gautier; Du Camp
Site web de référence: 
https://classiques-garnier.com/le-pouvoir-du-medecin-au-xixe-siecle.html

OEuvres complètes XIX-XX: Les Natchez, éd. Morgane Avellaneda et Pierino Gallo, prés. Benjamin Hoffmann

Contenu de l'annonce: 

OEUVRES COMPLÈTES, XIX XX : LES NATCHEZ
Édition établie par Morgane Avellaneda et Pierino Gallo. . Avec une présentation de Benjamin Hoffmann
CHATEAUBRIAND

Débutés à la veille de la Révolution et annoncés en 1801 dans la préface d’Atala, Les Natchez paraissent pour la première...

Image de l'annonce: 
Catégorie principale: 
Sous-catégories: 
Suggéré par: 
Pierino Gallo
Courriel: 
pgallo@unime.it
ISBN: 
978-2-7453-6348-0
Collection: 
TEXTES DE LITTERATURE MODERNE ET CONTEMPORAINE
Anonyme
Éditeur: 
Honoré Champion
Lieu de parution: 
Paris
Date de parution: 
Vendredi, Juin 27, 2025
Date de mise en ligne: 
Vendredi, Juin 27, 2025
URL: 
https://www.honorechampion.com/fr/editions-honore-champion/13334-book-08536348-9782745363480.html
Langue: 
Francese
Mots-clés: 
Chateaubriand (François-René), Natchez, Bon Sauvage, épopée en prose, roman noir
Site web de référence: 
https://www.honorechampion.com/fr/editions-honore-champion/13334-book-08536348-9782745363480.html

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