
REPORT DE LA DATE DE SOUMISSION : 10 JUIN 2014
Les études de genre, apparues aux Etats-Unis sous l'appellation
« Gender Studies » il y a une quarantaine d'années, se sont peu à peu
imposées comme domaine de recherche à part entière susceptible de
traverser l'ensemble composite des sciences humaines et sociales.
Pourtant, comme le constataient Natacha Chetcuti et Luca Greco en 2012,
les études de genre peinent, en France, à trouver un écho en sciences du
langage : selon ces auteurs, « peu d'études relient la question des
pratiques langagières avec celles du genre » (La face cachée du genre, p. 9).
L'objectif du présent appel est donc de proposer aux jeunes
chercheur.e.s en sciences du langage, quels que soient leur domaine de
spécialité et le sujet de leur recherche, de confronter leur(s) objet(s)
à la thématique du genre. Nous pensons en effet que beaucoup de
questions que se posent les chercheur.e.s en sciences du langage peuvent
être déclinées sous l'angle des problématiques soulevées par les études
de genre, afin de contribuer au fondement de l'articulation des études
sur le genre et de celles sur le langage en tant que domaine constitué
en France, en écho aux Gender and Language Studies
nord-américaines (Lakoff 1975, Spender 1980, Cameron 1985 et 1998,
Eckert, Butler 1990 et 1997 et Meyerhof 2004, Talbot 2010 etc). Les
doctorant.e.s et jeunes docteur.e.s intéressé.e.s par la thématique,
même s'ils/elles n'en sont pas spécialistes, sont donc vivement
encouragé.e.s à candidater.
Nous entendons ici les genres comme constructions sociales des rôles
masculin et féminin, guidant le sujet vers une manière d'être homme ou
femme, et par conséquent susceptibles de varier d'un groupe
socio-culturel à l'autre ainsi que d'évoluer dans le temps. Le genre,
quant à lui, est compris comme le rapport social hiérarchique divisant
le monde en deux catégories fondées sur des caractéristiques sexuelles –
que l'on peut voir comme elles-mêmes travaillées par le social.
Nous prenons ainsi les études de genre dans une acception large, qui
laisse la place tant aux recherches visant à analyser l'éventuelle
influence de la variable genre, quel que soit le domaine d'étude du
langage considéré, mais aussi les recherches se donnant pour objectif
d'observer la manière dont les dispositifs catégoriels spécifiques au
genre sont élaborés, construits, mobilisés, reconfigurés à travers le
langage.
Afin de baliser le colloque et d'inspirer d'éventuelles propositions,
nous listons ci-dessous des pistes de recherche possibles. Cette liste
n'est pas exhaustive et ne doit donc pas être prise comme limitative.
Axe 1 : mobilisation des distinctions genrées dans les discours
Les communications analysant les représentations des genres dans un
type de discours spécifique sont les bienvenues. On pourrait alors
interroger la construction d'une féminité ou d'une masculinité plus ou
moins homogènes, ainsi que la construction de la binarité elle-même.
Il serait également intéressant de comparer en synchronie différents
types de discours suscités par un même événement social (médiatisé ou
non), afin de dégager les paramètres (type de discours, type de média,
acteur/trice.s sociaux etc) ayant une influence sur le type de
représentation mis en scène.
On pourra également faire porter l'attention sur l'utilisation
pragmatique du genre - ou de son brouillage - comme instrument de
construction de son ethos par le locuteur ou la locutrice : par quelles
traces ce marquage est-il rendu visible ? dans quel(s) but(s) ? avec
quels effets sur les allocutaires ?
Dans la même voie, on pourra aborder l'étude de la variable genre dans
la recherche d'éventuelles spécificités conversationnelles et
interactionnelles.
La variable genre intervient-elle dans le rapport au langage des sujets, et si oui en quoi ?
Toutes ces thématiques pourront d'autre part être soumises à la
question transversale suivante : dans quelle mesure les représentations
mises en scène dans les discours étudiés peuvent-elles être ressenties
comme des injonctions / assignations sur les acteur/trice.s ? Les
locuteur/trice.s essaient-ils/elles de jouer avec ces assignations et si
oui, de quelle manière ? Qu'est-ce qui facilite ce jeu ou, au
contraire, l'empêche ?
Axe 2 : constructions sociales du genre et normes linguistiques et grammaticales
D'une langue à l'autre, les marques de genre contrastent et se
distinguent par leurs spécificités ou leur absence dans certaines
langues. Le genre étant à la fois une catégorie morphosyntaxique,
sémantique et sociale, on pourra s'interroger sur les intrications entre
construction sociale et construction linguistique du genre (Abbou 2011,
thèse non publiée).
Dans une perspective comparatiste en synchronie, comment les langues du
monde rendent-elles compte de cette catégorie sociale ? Que peut-on
dire de l'articulation du genre comme catégorie sociale et comme
catégorie linguistique ?
Dans une perspective diachronique, quelle(s) évolution(s) de la
catégorie linguistique du genre peut-on reconstituer, ou observer
aujourd'hui ? Nous pensons ici particulièrement au double marquage ou au
brouillage des marques de genre expérimentés par certain.e.s
locuteur/trice.s. Quel sens ces expériences prennent-elles pour leurs
acteur/trice.s ?
Enfin, dans une perspective épilinguistique, quels commentaires cette
catégorie suscite-t-elle ? Ces commentaires - et par extension
l'ensemble des représentations liées à la / une langue - sont-ils
marqués par le genre des locuteurs qui les produisent ? Comment,
pourquoi ?
Axe 3 : Genre et didactique, genre et acquisition
Toutes choses égales par ailleurs, la variable "genre" entre-t-elle en
compte dans les paramètres influençant l'acquisition d'une langue
première ou l'apprentissage d'une langue seconde ? Si oui, toutes les
composantes de la langue (phonétique, lexique, morpho-syntaxe,
compétences communicatives, schèmes interactionnels et discursifs etc)
sont-elles concernées de la même manière ? Comment le sont-elles ?
La variable genre entre-t-elle en ligne de compte dans la socialisation
langagière et si oui, comment ? Peut-on repérer des stades dans cette
socialisation ?
Que peut-on dire de la variable genre dans les interactions adulte-enfant ou enfant-enfant ?
Dans une perspective didactique, on pourra rechercher une éventuelle
influence du genre sur la relation et l'interaction enseignant.e -
apprenant.e dans l'enseignement des langues, ainsi que sur le style
d'enseignement ou les types de carrières poursuivis.
D'autre part, quelles représentations du genre l'étude des outils
d'enseignement-apprentissage des langues révèle-t-elle ? Ces
représentations sont-elles homogènes ? Si ce n'est pas le cas, peut-on
distinguer des paramètres en fonction desquels elles varient (par
exemple la culture éducative, le contexte discursif, le public visé
et/ou le degré de spécialisation de la langue enseignée - FLM, FLS, FLE,
FOU, FLI etc) ?
Les politiques d'enseignement linguistique mettent-elles en scène des
représentations des genres de leurs publics et si oui, lesquelles ?
Les langues se voient-elles attribuer un genre dans les imaginaires linguistiques des locuteurs ? Comment ? Pourquoi ?
Axe 4 : Genre et sciences du langage - outils méthodologiques et cadres théoriques
Ce quatrième axe réunira les contributions des jeunes chercheur.e.s
désireux/euses de mettre l'accent sur les apports théoriques et
méthodologiques de leurs recherches, dans la perspective de la
construction d'un champ spécifique aux études de genre en sciences du
langage. Les propositions devront alors mettre l'accent sur le caractère
innovant des outils méthodologiques ou du cadre théorique développés.
On invitera les communicant.e.s à réfléchir à un éventuel risque de
circularité des études postulant l'homogénéité respective du groupe des
femmes et du groupe des hommes, faisant du groupe des hommes un repère
normatif, et aboutissant de fait à la conclusion que les pratiques
langagières des femmes sont différentes de celles des hommes.
D'autre part, les études de genre étant historiquement liées aux études
féministes, on pourra s'intéresser au rapport entre militantisme et
recherche, en interrogeant ses effets sur la posture du / de la
chercheur.e.
La langue principale du colloque est le français ;
cependant, les communications en anglais, espagnol ou italien sont
acceptées à la condition de les accompagner d'un powerpoint en français.