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Frontières et limites de la littérature fantastique

Résumé de l'annonce (2 lignes maximum): 
L’équipe Littérature et herméneutique, composante du laboratoire Patrimoine, Littérature, Histoire de l’Université de Toulouse 2-le Mirail, organise en avril 2015 un colloque international intitulé « Limites et frontières de la littérature fantastique ».

La littérature fantastique a fait l'objet de nombreuses publications et
de théorisations bien connues (citons parmi bien d'autres noms R.
Caillois, P-G. Castex, L. Vax, T. Todorov, I. Bessière, D. Mellier, D.
Sangsue  - rien que pour le domaine français d'une abondante
bibliographie internationale).

Pourquoi, dès lors, proposer un nouveau chantier ?

L'intérêt d'associer plusieurs universités européennes pourrait
justement être de restituer sa dimension internationale à un phénomène
littéraire qui s'est déployé à cette échelle depuis son apparition
officielle - à la fin du XVIIIe siècle, jusqu'à nos jours où ce « genre »
(mais en est-ce un ?) continue à rencontrer un succès considérable
aussi bien auprès d'un public de lecteurs avertis qu'auprès du « grand
public ».

Or la littérature « fantastique » semble avoir connu quant à son
appréhension un double processus apparemment contradictoire de
fragmentation et d’essentialisation qui risque d’en brouiller la
lisibilité sous couvert de la rendre possible. Fragmentation puisqu'elle
est souvent traitée aux échelles nationales, au détriment d'une
détermination de ce qui peut différencier et par là-même rendre
pertinents les proximités  et les croisements. Essentialisation
puisqu'elle est d’ordinaire considérée comme un bloc certes susceptible
d'évoluer dans le temps (cela concerne principalement les thématiques),
mais poétiquement homogène - qu'on l'aborde selon les critères de la
construction textuelle ou selon ceux de la perception esthétique (au
demeurant souvent réduite à la peur, ou plus significativement à la
notion freudienne d’  «  inquiétante étrangeté  » [Unheimliche]).
Peut-être y aurait-il donc lieu de sortir la notion de fantastique de
cette clôture poétique ou de cette réduction thématique dont elle a
largement fait l’objet sur la plan critique, et d’interroger en quoi les
pratiques littéraires unifiées sous ce terme générique peuvent
recouvrir diverses modalités d’inscription des enjeux scientifiques,
philosophiques ou idéologiques qui traversent historiquement les
sociétés où elles apparaissent.

La notion de «  fantastique  », en outre, est usuellement considérée
comme pertinente pour une période allant de la fin du XVIIIe siècle
(avec Le Diable amoureux de Cazotte, par exemple) à l’époque actuelle,
le XIXe siècle étant supposé de ce point de vue constituer une période
privilégiée. Il ne saurait être question de diluer l’extension critique
de cette notion pour en faire un fourre-tout où voisineraient sans
discussion l’étrange, le surnaturel, l’inquiétant, etc. L’objet du
présent projet serait toutefois d’éviter de s’enfermer dans une
taxinomie et une périodisation préétablies, qui ont certes leur
légitimité critique, mais ont l’inconvénient de présupposer que le
fantastique existe en soi, ou encore qu’il constitue un genre clos. Or
les thématiques usuellement associées au fantastique, par exemple, se
rencontrent dans des contextes culturels et historiques bien différents
que l’on peut identifier de l’Antiquité à l’époque contemporaine, et qui
loin de se réduire à des relevés thématiques au demeurant connus,
s’inscrivent dans des configurations poétiques et dans des pragmatiques
spécifiques. Sans doute serait-il pertinent, dans ce contexte, de
réévaluer les rapports contemporains entre les pratiques qui se
distribuent à travers les catégories de fantastique et de
science-fiction. Il peut en somme être intéressant de contribuer à
l’élaboration d’une sorte de cartographie indissociablement historique
et poétique de ce territoire littéraire que désigne et masque tout à la
fois la notion de «  fantastique  ».

La question des frontières et des limites - les deux termes se
recoupant d'ailleurs partiellement - permettrait d'aborder plusieurs
pistes majeures dans la caractérisation de ce qui est recouvert par la
notion de fantastique - pistes qui ne sauraient bien entendu proposer un
programme contraignant, mais suggèrent des directions possibles
d'enquête :
 1)    Il pourrait par exemple être envisageable, pour la période « 
moderne  » en particulier, d’explorer les relations entre ce qui a été
perçu comme relevant du « fantastique » d’une part, et comme relevant
d’autre part de domaines ou de registres considérés comme à la fois
voisins et distincts, comme l'étrange, le gothique, le frénétique, le
surnaturel, la science-fiction, etc. On pourrait par là même tenter de
saisir les moments-clé d'une périodisation de la littérature dite
fantastique, ou plus précisément des différents types d'articulation de
ce qui la désigne avec des notions voisines - que celles-ci soient ou
non elles-mêmes constituées (de manière contemporaine ou
rétrospectivement) en genre spécifique. Se dessinerait, dans cette
perspective, une herméneutique historique des configurations de genres
au sein desquelles s'est inscrit le fantastique.

 2)    On pourrait encore s'appliquer à définir - sinon une géographie
des fantastiques, ce qui supposerait une systématisation de l'enquête à
l'échelle européenne, voire mondiale -, du moins certains exemples
significatifs d'un tel type de distribution. Une telle réflexion
supposerait là encore de poser la question de l’incidence des enjeux
représentationnels, historiques et culturels sur une création littéraire
qui les prend peu ou prou en charge selon les modalités poétiques qui
lui sont propres.

 3)    On pourrait enfin s'efforcer de penser la question d'une
éventuelle spécificité poétique (ou non) de la littérature « 
fantastique  » - et ce de manière sans doute différente selon les
contextes historiques et culturels considérés - dans l'actualisation et
le traitement du matériau thématique dont elle dispose, mais qui ne lui
appartient pas en propre (même si elle a pu être parfois - abusivement ?
- identifiée à ce matériau). L’interrogation pourrait alors porter sur
les dispositifs d’articulation, à travers les œuvres, entre les champs
poétique et esthétique d’une part, épistémologiques d’autre part.
Ces pistes ne sont évidemment ni prescriptives ni exhaustives. Elles
témoignent cependant, peut-il sembler, de ce que les questions posées
par la littérature fantastique restent largement ouvertes et peuvent
continuer à susciter le débat.

 

Les propositions de communication (titre et résumé, même provisoires) sont à adresser à Patrick Marot (patmarot@orange.fr) au début du mois de mars 2014 au plus tard.

Suggéré par: 
Nancy Murzilli
Courriel: 
nancymurzilli@gmail.com
Date de début ou date limite de l'événement: 
01/03/2014
Ville de l'événement: 
Toulouse
Type d'événement: 
Appels à contribution
Catégorie principale: 
Mots-clés: 
littérature fantastique, littérature, herméneutique, limites, frontières
Nom du contact: 
Patrick Marot
Courriel du contact: 
patmarot@orange.fr