
Le projet de ce colloque s’inscrit dans la continuité d’une première journée d’étude organisée par l’équipe de recherche Frontières, Acteurs et Représentations de l’Europe
(FARE) de l’Université de Strasbourg en décembre 2009 sur le thème des
grandes figures du passé et des héros référents. Un des acquis de cette
journée a mis en évidence l’importance de la césure représentée par les
décennies qui ont suivi la Seconde Guerre mondiale dans la
transformation des figures et des stéréotypes des héros contemporains,
suite en particulier à l’ampleur du traumatisme engendré par les
pratiques criminelles et génocidaires du nazisme. Il paraît donc tout à
fait stimulant de s’intéresser désormais aux mémoires et aux
représentations de la déportation dans l’Europe la plus contemporaine,
au cours des deux ou trois dernières décennies.
L’historien Tal Bruttmann souligne à juste titre que le terme de « déportation » s’est imposé en France pour désigner « les victimes des nazis acheminées vers les camps de concentration »,
avec cette ambiguïté qu’il évoque dans un premier temps, moins la
détention que le déplacement, le transfert et l’éloignement. Mais ce
terme a lui-même une longue histoire antérieure à la Seconde Guerre
mondiale et renvoie à « tout phénomène de masse touchant des populations civiles réduites en esclavage »,
associant l’idée de peine au sens judiciaire et de travail forcé dans
des circonstances particulièrement dures. En France, depuis la fin de la
Seconde Guerre mondiale et la définition législative du statut des
déportés en 1948, le terme de « déportation » s’est par ailleurs trouvé
au coeur de conflits de mémoires liés à des définitions de statuts
juridiques, entre différentes catégories de victimes des politiques de
répression, de persécution et du travail forcé mises en oeuvre par le
régime national-socialiste et ses satellites à l’intérieur comme à
l’extérieur des camps de concentration stricto sensu. On en
retiendra donc ici, délibérément, la définition la plus large en
l’appliquant indifféremment aux camps de concentration proprement dits
(KL), dans la dépendance de l’Inspection des camps (IKL), comme aux
autres types de camps aux fonctions analogues à celles des KL, qui
constituèrent un monde parallèle : camps d’éducation par le travail,
prisons de police, camps de prisonniers de guerre édifiés à partir de
1941 sur ordre de l’OKW, mais aussi aux ghettos, camps de travail forcé
pour les juifs, centres de mises à mort, camps d’extermination relevant
de l’action Reinhardt et fermés à l’automne 1943, ou encore aux camps de
tziganes, sans que la liste soit exhaustive.
L’objectif de ce colloque ne consistera donc pas à revenir sur les
conflits de mémoires désormais bien identifiés en France entre les
« héros » et les « victimes » de la déportation en deçà comme au-delà de
la fameuse césure de la fin des années 1970, mais à s’interroger, dans
une perspective résolument pluridisciplinaire conformément à l’esprit et
à la pratique de l’équipe FARE, sur les mémoires et les représentations
actuelles de la déportation en Europe.
La réflexion devra donc rester très largement inter- et
pluridisciplinaire. Toutes les disciplines aux approches complémentaires
s’inscrivant dans le champ des sciences humaines (histoire,
littérature, philosophie, sociologie, sciences politiques, sciences de
l’information et de la communication, sciences de l’éducation, sciences
économiques…) se trouvent ici sollicitées.
Ce colloque se déroulera dans la mercredi 12 et le jeudi 13 décembre 2012 à l’Institut d’Etudes Politiques de Strasbourg.
Les propositions de communication, composées d’un abstract comprenant
entre 500 et 1000 signes au maximum espaces compris et précédées d’un
titre, accompagnées d’une brève biobibliographie devront être envoyées à
Michel Fabréguet (michelfabreguet@noos.fr) et à Danièle Henky (daniele.henky@wanadoo.fr ) pour le 15 mai 2012 au plus tard.
Ces propositions seront examinées par un comité scientifique. Les auteurs des propositions retenues seront informés d’ici le 30 juin 2012. Les actes du colloque feront ultérieurement l’objet d’une publication.
Responsable : Michel Fabréguet et Danièle Henky
Adresse : Danièle Henky1, route de Tréhémont57250 Moyeuvre-Grande