
Dans l’ouvrage Le pays de la littérature (2003), Pierre Lepape
souligne qu’en France plus qu’ailleurs politique et création littéraire
sont liées intimement depuis les Serments de Strasbourg (841). Mais que
se passe-t-il quand, dans un pays fortement centralisé comme la France,
politique et pouvoir ne sont plus représentées par les écrivains situés
dans un « centre » symbolique, mais plutôt par ceux qui se placent à
titres divers (ethnique, social, culturel) dans les « marges » ?
Cette journée d’études propose d'analyser les représentations
politiques et les pratiques d’engagement et de résistance des auteurs
provenant de la marge française par excellence : la banlieue.
Espace liminal d’exclusion/inclusion, interne et en même temps externe à
la ville, la banlieue française doit son nom au droit féodal, selon
lequel elle désigne un territoire annulaire de l’ampleur d’une lieue
(environ 4 km) autour du domaine seigneurial où s’exerce le droit de ban. Cela dit, ce terme a été re-sémantisé par de nombreux écrivains et artistes qui le reconduisent à l’ancienne pratique de la mise au ban,
en soulignant ainsi la forte tendance ghettoïsante à la base de
l’organisation architectonique, sociale et culturelle de ces espaces
suburbains. Habitée aujourd'hui par de « nouveaux Français », d’origines
autres, la banlieue devient le territoire idéal pour examiner la
représentation littéraire du pouvoir et la mise en œuvre de formes
d’engagement inédites qui, à partir de pratiques de résistance
sédimentées, acquièrent maintenant de nouveaux sens.
A presque dix ans des émeutes des banlieues qui ont marqué l’automne
2005, cette journée d’études propose de faire un tour d’horizon, en
prenant en considération les aspects multiples de la « parole des
marges » à travers l’analyse de quelques auteurs parmi les plus
représentatifs du panorama actuel.