
Colloque international
20-21-22 juin 2014
Organisé par la Cellule de Recherche en Linguistique
avec le soutien de l’Université de Paris Sorbonne
et du Collegio del Mondo Unito dell’Adriatico O.N.L.U.S.
DUINO-AURISINA (Province de Trieste, Italie)
Comité d’organisation
Claire Martinot, Université Paris Sorbonne
Christiane Marque-Pucheu, Université Paris Sorbonne
Sonia Gerolimich, Université de Udine
Peu de linguistes ont à ce point marqué et transformé leur discipline
tout en restant aussi méconnus dans la plupart des cursus de sciences du
langage, du moins en Europe. Les travaux de Harris couvrent
soixante-dix années (1932-2002) mais surtout ont jalonné, par deux fois
au moins, l’évolution de la discipline linguistique.
Methods in Structural Linguistics (1951) constitue « la
synthèse la plus complète et une sorte de référence absolue de la
méthodologie de l’analyse distributionnelle » écrit Ibrahim (2007 : 5)
dans l’introduction qu’il consacre à la traduction française de Language and Information (1988). « Methods marque le couronnement d’une époque sans laquelle il n’y aurait pas aujourd’hui de description linguistique digne de ce nom » (ibid.).
Le second jalon correspond à l’un des apports les plus originaux de
Harris du fait qu’il ne concerne plus seulement le fonctionnement des
phrases mais aussi le fonctionnement de discours entiers (Harris,
1952a-b). Ce second jalon est paradoxalement le moins (bien) connu de la
linguistique actuelle. La mise en évidence de classes d’équivalences
conduit Harris à postuler, pour la première fois dans l’histoire de la
linguistique mondiale, l’existence de relations transformationnelles
entre phrases puis à reconsidérer le statut des séquences syntaxiques de
base : seules les phrases élémentaires sont constituées de mots
(arguments et opérateurs de niveau 0), tandis que l’immense majorité des
productions linguistiques, en langue naturelle comme dans les langues
de spécialité, résultent de phrases constituées de phrases (Harris,
1964a-b).
Dans la logique transformationnelle, Harris (1969) proposera deux
classes distinctes d’équivalences : d’une part, les équivalences qui
décrivent un énoncé (report) et d’autre part les équivalences de même statut descriptif (paraphrase).
Certains de ses disciples comme Peter Matthews, ont considéré qu’il y
avait une nouvelle rupture épistémologique dans l’idée que « tous les
opérateurs, quel que soit l’ensemble auquel ils appartiennent ou leur
position, et qui ont des contraintes d’arguments données, ont une
transformée synonyme dans un ensemble moins contraint de ces
opérateurs » (Harris, 1976 : 16). Cette idée s’appuie sur l’un des
mécanismes fondamentaux de la construction du sens par la langue selon
la conception harrissienne : la redondance, qui permet les réductions et
les équivalences.
Pour terminer ce rappel des principaux apports de Harris, il faut
signaler deux prises de position qui sont, à ce jour encore,
révolutionnaires. La première prise de position donne au linguiste le
moyen de décrire le fonctionnement de la langue sans avoir recours à un
métalangage. Le degré de redondance ou de prévisibilité d’une occurrence
par rapport à l’aléatoire rend compte du fonctionnement de la langue,
autrement dit de la façon avec laquelle les formes linguistiques
construisent le sens. La seconde prise de position concerne la notion de
complexité syntaxique. Harris a postulé – et de notre point de vue
démontré – que « la complexité notoire de la grammaire dont la majeure
partie est créée par les réductions, n’est pas due à la complexité de
l’information et n’est pas nécessaire à l’information » (Harris, 1988,
trad. 2007 : 45). C’est une autre façon de distinguer radicalement le
fonctionnement d’une langue des contraintes référentielles mais aussi de
distinguer le fonctionnement linguistique, de la recherche de lois
cognitives ou logiques, supposées sous-jacentes au langage (Daladier,
1990 : 58-59).
Harris a formé, accueilli et inspiré de nombreux linguistes, qui à leur
tour, ont fait école dans divers pays. Pourtant la richesse de son
apport théorique et méthodologique est loin d’être épuisée. Ceux qui se
reconnaissent comme ses héritiers, y compris dans le domaine de la
linguistique de l’acquisition, ont privilégié, le plus souvent, tel ou
tel aspect de sa théorie. Ce colloque voudrait rassembler tous
ceux qui, directement ou indirectement, puisent dans l’œuvre de Harris
l’inspiration qui guide leurs recherches.
Références
(Pour des références plus complètes se reporter à Ibrahim, 2007 :
24-25-26, et pour l’ensemble de la bibliographie de Harris, à Koerner,
2002 : 305-316)
Daladier, Anne (éd.). 1990. Les grammaires de Harris et leurs questions, Langages 99.
Harris, Zellig Sabbetaï.1951. Methods in Structural Linguistics. Chicago : University of Chicago Press.
Harris, Zellig Sabbetaï. 1952a. Discourse Analysis, Language 28, n°1, 1-30 [313-48 in Papers in Structural and Transformational Linguistics, 1970, Dordrecht/New York : D.Reidel Publishing Company /Humanities Press], traduction française par Françoise Dubois-Charlier, Langages 13, 1969, 8-45.
Harris, Zellig Sabbetaï. 1952b. Discourse Analysis: A Sample Text, Language 28, n°4, 474-94 [349-72 in Papers]
Harris, Zellig Sabbetaï. 1964a. Transformations in Linguistic Structure. Proceedings of the American Philosophical Society 108, n°5, 418-22 [472-81 in Papers]
Harris, Zellig Sabbetaï. 1964b. The Elementary Transformations, Excerpts from Transformations and Discourse Analysis Papers 54, [482-532 in Papers]
Harris, Zellig Sabbetaï. 1969. The two Systems of Grammar: Report and Paraphrase, Transformations and Discourse Analysis Papers 79 [612-92 in Papers]
Harris, Zellig Sabbetaï. 1976. Notes du cours de syntaxe, traduction française par Maurice Gross, Paris : Le Seuil.
Harris, Zellig Sabbetaï. 1988. Language and Information, New York : Columbia University Press ; traduction italienne, 1995, par Maurizio Martinelli, Linguaggio e informazione, Milano : Adelphi Edizioni; traduction française, 2007, par Amr Helmy Ibrahim et Claire Martinot, La langue et l’information, Paris : CRL.
Ibrahim, Amr, Helmy. 2007. Introduction, La langue et l’information, Paris : CRL, 3-26.
Koerner, E.F.K. 2002. Zellig Sabbettai Harris – A comprehensive bibliography of his writings, 1932-2002, in Bruce E. Nevin, The Legacy of Zellig Harris, Language and Information into the 21st century, 305-316.
Matthews, Peter. 1992. Zellig Sabbetaï Harris, http://www.dmi.columbia.edu/zellig/ZSH-Matthews.htm paru dans Language 75.1 1999, 112-119.
Nevin, Bruce E(ed.). 2002. The Legacy of Zellig Harris, Language and Information into the 21st century, vol. 1: Philosophy of science, syntax and semantics, John Benjamins Publishing Company, Amsterdam/Philadelphia.
Nevin, Bruce E. & Johnson, Stephen M. 2002. (eds.) The Legacy of Zellig Harris, Language and Information into the 21st century, vol. 2 : Mathematics and computability of language, John Benjamins Publishing Company, Amsterdam/Philadelphia.
Comité scientifique
Jorge Baptista, U. do Algarve (Faro)
Emilio D’Agostino, U. de Salerno
Anne Daladier, LACITO, CNRS
Giustino De Bueriis, U. De Salerno
Michele De Gioia, U. de Padova
Franz Günthner, Ludwig-Maximilian-Universität (Munich)
Danielle Leeman, U. Paris Ouest Nanterre La défense
Takuya Nakamura, U. Marne-la-Vallée
Morris Salkoff, U. Paris Diderot