
En linguistique, contrairement à ce que posent les modèles classiques
de l’interaction, il est fort problématique d’établir une équivalence
(même abstraite) des interlocuteurs, et ce en raison du poids de
variables telles que le contexte, le statut du locuteur, la communauté
linguistique d’appartenance etc. Ces facteurs, pris singulièrement et
dans leur combinatoire, déterminent souvent une asymétrie incontournable
entre émetteur et récepteur. Dans certains cas, comme dans
l’interaction entre accusé et juge ou entre patient et médecin, le
premier pôle est normalement subordonné au second, et ce d’autant plus
lorsque ce dernier, contrairement au premier, parle la langue officielle
du pays et de l’institution où les deux interagissent. Dans ces cadres
communicatifs particuliers, où se joue la vie même du locuteur, la
figure professionnelle du médiateur est décisive en ce qu’elle garantit
aussi le respect des droits linguistiques individuels et, plus
largement, des droits de la personne tout court. Dans une perspective
élargie, il est tout autant évident que tout acte de médiation
linguistico-culturelle peut ou doit être envisagé ipso facto
comme un acte de défense des droits linguistiques, qu’il s’agisse de
défendre la force argumentative (et garantir la prise en compte
équitable) d’un locuteur prenant part à une assemblée internationale ou
de rendre possible l’accès à l’information aux immigrés, soit les
représentants de ces « nouvelles minorités » qui n’ont toujours pas fait
l’objet, dans des pays comme la France ou l’Italie, de lois spécifiques
portant sur le respect de leurs droits linguistiques.
Le Colloque international « Médiation et droits linguistiques »,
organisé par Michele De Gioia (Université de Padoue) et Giovanni Agresti
(Université de Teramo), se propose d’éclaircir les rapports complexes
liant l’activité de médiation au respect des droits linguistiques, d’un
côté par l’établissement de l’état des lieux des recherches portant sur
la nature et le statut de la figure professionnelle du médiateur
linguistico-culturel, et de l’autre côté par l’analyse des lois et des
politiques linguistiques qui régissent et conditionnent l’activité de
celui-ci dans les divers contextes de la vie sociale. Bien évidemment,
ces analyses seront fondées sur l’approfondissement de problématiques
plus strictement linguistiques liées au problème de l’interaction et de
ses variables qui remettent en question, radicalement, aussi bien la
prétendue neutralité de l’interaction, que la neutralité, le caractère
tiers et le statut du médiateur.
Programme
08h45 * Ouverture
ANTONIO VARSORI
Directeur du Département des Sciences politiques, juridiques et des Études internationales
MICHELE DE GIOIA
Responsable scientifique du Colloque
Président : GIOVANNI AGRESTI
09h00
MICHÈLE GUILLAUME-HOFNUNG (Université Paris-Sud 11 & Université Paris 2 Panthéon-Assas)
Le statut épistémologique de la médiation
09h30
FERNAND DE VARENNES (Université de Hong Kong, Université de Pretoria, Université Vytautas Magnus)
L’importance de la médiation dans la protection des droits linguistiques : une perspective juridique
10h00 * Pause
Président : MICHELE DE GIOIA
10h15
SANDRA SPOLAORE (Barreau de Venise)
RICCARDO SOMMARIVA (Ministère italien de l’Intérieur, Police aux frontières maritimes et aériennes de Venise)
Il ruolo della mediazione linguistica e la tutela dei diritti linguistici nelle pratiche amministrative e penali
10h45
PAOLO PIVA (Université de Padoue)
Droits linguistiques des personnes et formes de médiation dans la
perspective du droit international et du droit de l’Union européenne
11h15
FRANCIS CHIAPPONE (Université de Padoue)
La constitution linguistique de l’État, historique et actualité :
quelle médiation entre les langues nationales et les langues devenues
minoritaires ?
11h45* Pause
Président : MARIO MARCON
15h00
ELISA BELLATO (Université de Vérone)
L’esperienza dei Mocheni in Trentino fra diritti linguistici e mediazione linguistico-culturale
15h30
ILARIA DRIUSSI (Université d’Udine)
« Mediazione » linguistico-culturale o politico-diplomatica ? Il caso dell’Alto Adige/Südtirol
16h00 * Pause
Président : MICHELE DE GIOIA
16h30
CATERINA FALBO (Université de Trieste)
L’interprétation juridique en Italie : état des lieux
17h00
NATACHA S.A. NIEMANTS (Université de Modène et Reggio d’Émilie)
La responsabilité du médiateur dans l’accès aux soins des immigrés
17h30
GIOVANNI AGRESTI (Université de Teramo)
Nous sommes tous minoritaires ! Besoins de médiation et malaise linguistique
18h00 * Clôture
Parrainages
Université de Padoue
Département des Sciences politiques, juridiques et des Études internationales
SUSLLF - Società Universitaria per gli Studi di Lingua e Letteratura francese
Do.Ri.F.
Associazione LEM-Italia
Observatoire européen du plurilinguisme
Observatoire international des droits linguistiques
Académie internationale de droit linguistique