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PENSER, DIRE ET SUSCITER L’INDIGNATION DANS LES LETTRES FRANÇAISES DU XVIe ET XVIIe SIÈCLES

Riassunto dell'annuncio: 
La rencontre vise à promouvoir un débat autour du concept de l'indignation, qui fait l’objet d’un véritable questionnement au tournant du XVIe et XVIIe siècle, en France. Au-delà d'une réflexion philosophique, pourtant nécessaire, nous nous proposons de reconnaître, en cette première modernité, une continuité de modèles, de lexique, de stratégies rhétoriques et stylistiques qui caractérisent, au-delà même du genre satirique, l’expression littéraire de l’indignation.

La réflexion sur la dignité de l’homme a été toujours travaillée par une tension. Car, dire la dignitas hominis signifie toujours pointer l’écart entre un droit et un fait. On affirme, d’un côté, la grandeur qui revient à l’homme en raison de sa nature, et à laquelle il peut légitiment aspirer. Mais on constate aussitôt que sa dignité est le plus souvent bafouée et que ses aspirations sont presque toujours décussées. À ce titre, depuis l’antiquité tardive et au cours du Moyen Age, le discours sur la dignitas hominis se double systématiquement d’un discours sur la miseria hominis. Cela s’affiche encore plus nettement à l’époque moderne, lorsque la notion de dignité de l’homme est reformulée par les humanistes, puis par les auteurs de la Renaissance et de la première modernité. On passe en effet d’une conception statique à une conception dynamique de la dignité. Comme le rappelle Rémi Brague : « la dignité n’est plus une suite naturelle de la supériorité de l’homme, mieux outillé physiquement et intellectuellement que les autres vivants » ou inscrit par la création dans un projet de rédemption. « Au contraire : la supériorité de l’homme est un résultat de la façon dont il domine la nature », de sa capacité de transformer le monde et, par ricochet, de se transformer lui-même. Ainsi, loin que la dignité revienne à l’homme en raison de ce qu’il est, il revient, au contraire, à l’homme d’être digne de sa dignité en agissant « humainement » et en s’y rendant dès lors digne par ce qu’il fait. Dès lors, le sentiment de ne pas être le plus souvent à la hauteur de ses propres aspirations devient plus cuisant. L’homme se sent souvent un « roi dépossédé » et est même conduit à douter de la légitimité de sa propre royauté — suis-je un imposteur ?
Il nous semble que cette nouvelle approche de la dignité de l’homme fait l’objet d’un véritable questionnement au tournant du XVIe et XVIIe siècle en France. Et elle trouve son lieu d’élaboration dans une réflexion sur l’indignation et la satire. Sur l’indignation, d’une part, en tant que passion que suscite le spectacle d’une humanité qui n’est pas à la hauteur de la dignité qu’elle se reconnaît. On rappellera les formules percutantes de Montaigne à propos de la pratique des tortures : « Mais tant y a, que c’est, dit-on, a le moins mal que l’humaine faiblesse a pu inventer. Bien inhumainement pourtant ». Sur la satire, de l’autre, en tant que modèle d’écriture et d’approche de la condition humaine qui, sans nécessairement présupposer un système de valeurs explicite ou s’appuyer sur l’image chrétienne de l’homme déchu, permet de dénoncer la miseria hominis et de pousser l’homme à ne pas s’y croire condamné.
Au-delà d'une réflexion philosophique, pourtant nécessaire, nous nous proposons de reconnaître, en cette première modernité, une continuité de modèles, de lexique, de stratégies rhétoriques et stylistiques qui caractérisent, au-delà même du genre satirique, l’expression littéraire de l’indignation

Indirizzo postale: 
alessandra.preda@unimi.it
Segnalato da: 
alessandra preda
Email: 
alessandra.preda@unimi.it
Data di inizio o data limite dell'evento: 
12/03/2025
Data di fine dell'evento: 
12/03/2025
Città dell'evento: 
milano
Tipo di evento: 
Convegni
Categoria principale: 
Parole chiave: 
indignation, Renaissance XVIIe siècle
Nome del contatto: 
alessandra preda
Email del contatto: 
alessandra.preda@unimi.it